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Julie THOMAS
A travers mon travail je veux donner à voir et faire ressentir mon expérience dans le paysage. Je veux partager ma rencontre avec l’événement coloré, c’est à travers elle que je ressens une émotion. Vivre un événement coloré, c’est participer à une expérience du réel, c’est capter l’éphémère, s aisir la lumière. Par ces vibrations de couleurs, je peux représenter mon passage dans le paysage. Chacun des itinéraires est une expérience de la couleur dans le paysage. L’exigence d’un itinéraire c’est être dans un paysage, le traverser, rester. Le paysage se modifie au cours de mon déplacement. Une durée, un temps d‘arrêt. Je saisis un lieu, je me déplace et je le pénètre à nouveau, immobile. Un moment de joie. Mon travail n’imite pas un espace, il produit son lieu. Des images qui font apparaître les couleurs. « Marcher dans la couleur1 », c’est formuler mon plaisir à être dans le paysage. La couleur se retire de la forme du paysage. Elle persiste, seule. Isoler une partie du paysage, choisir et fragmenter : l’unité colorée. Elle se répète, se juxtapose. L’ensemble compose une nouvelle image du paysage. Pour mettre en forme cette image j’ai instauré un système informatique qui pixélise le paysage soit à partir d’une photographie, soit à partir de ma mémoire du lieu. La représentation informatique évolue, elle devient sensible. Mon expérience dans le paysage corrige ma perception, l’émotion est colorée. Cette réalité de la couleur est celle que je vois et que je vis individuellement. Ôter la couleur naturelle du paysage référent c’est procéder à une intervention qui créait une nouvelle distance avec le sujet. Une place pour l’interprétation de mon émotion.
1. Georges DIDI-HUBERMAN, « L’homme qui marchait dans la couleur ».
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